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De : FESTIVAL IN FRENCH WITH ENGLISH SUBTITLES 2009

Par Brigitte TILLET

Crédits photos : Christophe Poulmarc'k . Tous droits reservés. Toute reproduction ou traduction, totale ou partielle, est strictement et formellement interdite.

Un festival haut en couleurs !

Les 4, 5 et 6 décembre 2009, le Florence Gould Hall FIAF accueillait le festival In French with English Subtitles , organisé pour la première fois à New York par et pour Entraide Française .

Présidée par Michèle Altier , Entraide Française est une association caritative destinée aux Français résidents à New York ou sa région qui se retrouvent dans une situation de précarité; elle apporte un soutien ponctuel pour les aider à faire face à de graves et brutales difficultés financières ou familiales. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître Organiser un festival cinématographique est une trouvaille originale, inédite et astucieuse de collecte de fonds. Cette idée n’ayant germé que depuis quelques mois seulement, il ne restait que peu de temps aux organisateurs pour préparer l’évènement. Aidés de nombreux volontaires, tous ont travaillé d’arrache-pied pour faire de cette première édition de In French with English Subtitles , dont on ne peut que souligner la parfaite orchestration, une belle réussite ! Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. En coulisses, on parle déjà de renouveler l'expérience l'an prochain !

Une brillante sélection de neuf films français

Le coup d’envoi de ce festival fut donné le vendredi 4 décembre, en présence du Consul Général de France à New York, Philippe Lalliot , lors de la soirée de gala, avec la projection du dernier film de Denis Dercourt "Demain dès l’aube" , suivie d’un Gourmet Gala Buffet mitonné par Les Maîtres cuisiniers de France, HI.Wines, et le Champagne Moët & Chandon. Il s’est clôturé le dimanche soir avec "Quelque chose à te dire" de Cécile Telerman.

Au total, neuf films français étaient à l’affiche, et non des moindres : "Demain dès l’aube" , de Denis Dercourt, "Adieu Garry" , de Nassim Amaouche, "Incognito" , de Eric Lavaine, "Romaine par moins trente" , de Agnès Obadia, "Tellement proches" , de Eric Toledano, "Une semaine sur deux" , de Ivan Calbérac, "Le petit Nicolas" , de Laurent Tirard, "Un dernier pour la route" , de Philippe Godeau), "Quelque chose à te dire" , de Cécile Telerman.

La présence de belles pointures

Lors du festival, on a pu apprécier la présence de trois figures emblématiques du cinéma français et suisse, en les personnes de Denis Dercourt , réalisateur et musicien (à qui l’on doit aussi "La tourneuse de pages" ), Vincent Perez , et Pascal Elbé , mais aussi celle de belles pointures new-yorkaises, tel l'éminent professeur Jerry Carlson , venu animer plusieurs séances questions/réponses au cours du festival. Denis Dercourt ne cache pas son enthousiasme de participer à "In French with English Subtitles" : "Il est toujours très satisfaisant de venir présenter un film aux Etats-Unis. Et puis... le public américain est un public extrêmement agréable, à fond dans la réaction et pas dans le jugement. C’est un véritable plaisir !"

Demain dès l'aube, de Denis Dercourt

Un film qui délicieusement surprend

Un film qui délicieusement surprend dès la première séquence... "Avec ce film tout particulièrement, je voulais réaliser quelque chose de différent" , nous dit Denis Dercourt. "Personnellement, je ne vais que rarement au cinéma, je trouve que trop de films se ressemblent. J’avais vraiment envie d’autre chose." Pari réussi ! Un film d’une exquise qualité, magistralement interprété, construit comme du papier à musique, et qui est loin de laisser indifférent… Un film qui quelque part dérange, interpelle… On sort de la projection en y pensant et y repensant...


Denis Dercourt (D.R.) Crédit photo Christophe Poulmarc'k

Ce film met en scène d’une part Paul (Vincent Perez), pianiste virtuose qui tente de gérer tant bien que mal son existence ayant pour cadre son piano et sa compagne (et agent) avec laquelle il a fils. Le cancer de sa mère (Françoise Lebrun, que l’on retrouve également dans "Quelque chose à te dire" , de Cécile Telerman) sera le prétexte tout trouvé pour Paul, en pleine crise existentielle, de s’échapper quelques temps de sa vie (trop ?) bien réglée qui bat de l’aile et qui l’ennuie. De l’autre, son frère Mathieu (Jérémy Renier), qui a un petit boulot pas bien passionnant dans une entreprise, vit toujours chez sa mère, et passe ses loisirs à endosser l’identité d’un hussard de l’époque Napoléonienne dans une vie fictionnelle et secrète de jeu de rôles. "J’ai écrit le scénario après avoir vu, il y a des années, un documentaire sur des gens qui passent leurs loisirs à vivre des jeux de rôles dans des reconstitutions historiques de l’époque Napoléonienne ! Ils ont leurs codes, leurs lois, leur sens de l’honneur en accord avec l’époque" , précise Denis Dercourt. "L'idée d'en faire la trame d'un prochain film a lentement mûri dans mon esprit, c'est ainsi que le film a pris naissance." "Je trouve très subtile la passation de pouvoir entre les deux frères..." Fiction et réalité s’imbriquent, incarnées par ces deux frères vivant leur quotidien dans leurs deux univers radicalement différents. Dans ce va-et-vient subtil entre deux époques, ces deux vies parallèles vont subrepticement se rejoindre, et la situation s’inverser : une descente aux enfers pour l’un, une apothéose pour l’autre… Paul rentre peu à peu dans le monde fantasmé de son frère jusqu’à s’y retrouver englouti, tandis que ce dernier semble rejoindre pas à pas la vie, celle que l’on dit "normale". "Entre ce frère aîné, musicien reconnu à la situation assise, et son frère cadet, encore très jeune, la tendance s’inverse doucement, tout en finesse... Je trouve très subtile la passation de pouvoir entre les deux frères ; c’est ce qui m’a touché dans le scénario" , nous dit Vincent Perez. "J’écris mes scripts comme j’écris une partition musicale : une alternance de tension et de pauses" Jusqu’où iront-ils, dans leur délire ? Que se passera-t-il, une fois prononcée la fatale déclaration "Demain dès l'aube" , sommant l'offenseur de se retrouver au pré pour venger l’honneur bafoué de l’offensé ou réparer quelconque outrage ? Il y a dans ce film un jusqu’auboutisme qui tient le spectateur en haleine au fur et à mesure que le récit avance. Fidèle à son écriture cinématographique, Denis Dercourt aime à jouer avec la tension psychologique exercée sur le public. Il explique : "La place du spectateur m’importe beaucoup. Il y a des points culminants dans la narration où l’attention doit être relâchée. J’écris mes scripts comme j’écris une partition musicale : de la tension qui va croissante, et des pauses, des "trous", nécessaires à faire retomber la tension du spectateur..."

"J’avais envie de travailler avec Vincent d’une manière un peu différente"

La distribution est éblouissante, les personnages magistralement interprétés. On connaissait Vincent Perez et son talent, c’est là une véritable consécration, sans doute son meilleur rôle ! "J’avais envie de travailler avec Vincent d’une manière un peu différente" , explique Denis Dercourt. "Lui qui d’ordinaire joue des rôles extériorisés, je voulais qu’il soit capable d’expression, mais dans toute l’intériorité du personnage." Propos que confirmera Vincent Perez : "J’ai dû apprendre à jouer de l’intérieur, chose qui ne m’était pas trop familière. A la projection du film, j’ai été agréablement surpris (généralement, je ne m’aime pas à l’écran, je suis souvent un peu déçu). Avec Demain dès l’aube, ce fut différent. La profondeur de mon personnage m’a saisi !" Puis il précise : "Denis est très pointu, son scénario est extrêmement précis, il y a peu de part laissée à l’improvisation. Mais en même temps il y a certaines scènes où l’on a une certaine liberté d'action ; par exemple lorsque Paul et Mathieu se retrouvent au chevet de leur mère, il n’etait pas écrit qu'ils devaient s'étreindre. Pourtant, nous l'avons fait, tout naturellement, ce fut instinctif... Au résultat, la scène est très juste." "Ce sont bien mes mains qui jouent du piano" Et Vincent de poursuivre, non sans une once de fierté bien justifiée : "Quant aux partitions de piano que l'on me voit interpréter, je n’avais jamais touché un piano de ma vie ! Pour incarner le personnage de Paul, j’ai pris des cours de piano pendant six mois. Bien sûr ce n’est pas mon interprétation que l’on entend dans le film, mais ce sont bien mes mains que l’on voit courir sur le clavier et qui jouent en vrai !" "Avec Jérémy, le courant est passé tout de suite" Il y aurait long à dire également sur Jérémy Renier, sublime ! Il incarne à merveille son personnage tout à la fois fragile et exalté, fanatique, perpétuellement immergé dans ce monde de fiction qui le tient éloigné du monde réel... "J’ai beaucoup apprécié cette fraternité très forte au coeur de l’histoire, cette affection masculine qui unit les deux frères. Avec Jérémy, le courant est passé tout de suite, on s’est accordé aussitôt les premiers contacts" , ajoute Vincent Perez. "Pour certaines séquences, je les ai filmés sans qu’ils n’expriment rien" Quant à ces rôles que par habitude, on qualifie de "seconds", ils sont campés par les excellents Aurélien Recoing (le Capitaine Déprées) et Gérard Laroche (le Major Rogart), tous deux criants de vérité ! Un jeu subtil, discret... N'est-ce pas aussi en grande partie à travers leur personnalité que vient s’épaissir l’intensité dramatique du récit ? Décidément, ce réalisateur aime à jouer avec nos nerfs ! Du reste, Denis nous dévoile un petit bout de la façon avec laquelle il a procédé : "En fait, pour certaines scènes, j'ai filmé Aurélien et Gérard sans qu’ils ne fassent rien, sans qu’ils n’expriment rien. Ce n'est qu'au montage, en calant les images de leur visage dans telle séquence en accord avec tel ou tel moment de tension, que leur personnage a pris de l’expression. Une fois encore, c'est l'imaginaire du spectateur qui va leur prêter telle ou telle intention..." " La fin reste ouverte à l’imaginaire de chacun" La fin du film surprend. On s’interroge... "Je suis conscient du fait que le public soit surpris par la fin du film... Il y a plusieurs interprétations possibles. Je n’ai pas voulu trancher... Cela reste ouvert à l’imaginaire de chacun" , laisse planer Denis Dercourt... Un Denis Dercourt qui vient de terminer l’écriture du scénario de son prochain film "Heureux anniversaire" . "Je l'ai tout récemment offert à ma femme, justement pour son anniversaire !" , plaisante-t-il.

"Réaliser un film résulte du cérébral, être acteur, de l’instinct"

Vincent Perez, quant à lui, s’adonne à l’écriture de l’adaptation du roman germanique de Hans Fallada, "Seul dans Berlin" (une histoire vraie de la résistance allemande au sein d’un microcosme dans un immeuble berlinois) qu’il mettra lui-même en scène, et se prépare à jouer dans un film espagnol ayant pour décor les montagnes de Montserrat. "Réaliser un film résulte du cérébral, être acteur résulte de l’instinct..." , conclut-il.

Quelque chose à te dire, de Cécile Telerman

Dans un tout autre genre, le film de Cécile Telerman "Quelque chose à te dire" fut projeté lors de la soirée de clôture du festival, en présence de Pascal Elbé qui endosse le personnage d'Antoine. Une comédie savoureuse et drôle Une comédie savoureuse et drôle, parfois grinçante, aux dialogues exquis, qui décrit sans complaisance les relations tordues des membres d’une famille loufoque et complètement déjantée : une Charlotte Rampling plus délicieuse que jamais dans le rôle de Mady, la mère, mariée depuis bientôt 45 ans à Henri (Patrick Chesnais), un peu mou et complètement paumé, leur fils Antoine (Pascal Elbé), leurs filles Annabelle (Sophie Cattani), urgentiste et tireuse de cartes, et Alice (une Mathilde Seigner attachante et rebelle) qui fait la connaissance d’un flic solitaire et désabusé, Jacques, sous les traits du très craquant Olivier Marchal. On s’y amuse beaucoup ! "J’ai dû travailler énormément pour me mettre dans la peau d’Antoine" Pascal Elbé incarne avec une extrême justesse, le personnage d'Antoine, le seul garçon de la famille, lui-même marié et père de deux enfants, qui enchaîne faillites sur faillites, défaites sur défaites... "Je ne suis pas si éloigné du personnage de loser d’Antoine, " ironise Pascal, avant de reprendre, plus sérieusement "J’ai dû travailler énormément pour me mettre dans la peau d’Antoine, d’arriver à me rendre crédible sous les traits d’un personnage plus âgé que je ne le suis réellement. C’est ma deuxième expérience avec Cécile Telerman depuis "Tout pour plaire". Cela se passe toujours très bien avec elle. Le résultat est là, le film marche super !" "Je viens de terminer un thriller avec Vincent Elbaz, et suis engagé dans un film tiré d’un roman de Camus où j’interprète un prof durant la guerre d’Algérie." "Tête de Turc, je l’espère, nourrira plein de réflexions" "Mais si j’adore le métier de comédien, j’avais envie de passer de l’autre côté du décor. Je suis en train de réaliser "Tête de Turc", qui devrait sortir en mars 2010 et qui sera produit par... la Warner Bros !" , poursuit Pascal Elbé avec cette modestie et cet enthousiasme si communicatif qui le caractérisent. "C’est un polar social dans lequel j’exprime MA vision de la société, et qui je l’espère, nourrira plein de réflexions..." "Quand on passe à la réalisation, on s’aperçoit qu’être acteur, c’est "facile" : on a l’habitude du plateau, on évolue dans un univers rassurant. Alors qu'être directeur de film, c’est être chef de chantier, chef d’entreprise, cela relève d’une alchimie différente. On doit composer avec une équipe et toutes les contingences que cela représente. C'est une somme de travail énorme, mais c’est du bonheur et rien que du bonheur" , renchérit-il avec ardeur. "Je vais peut-être faire des erreurs, cela me permettra d'avancer. Je ne prétends pas tout savoir, et suis ouvert aux conseils que peuvent me prodiguer ceux ayant déjà vécu cette expérience !"

"New York, c'est une consécration" "J’espère beaucoup revenir l’an prochain au festival ! Le public new-yorkais (et américain en général) est bluffant, très réactif ! Le public suisse, ou belge, l'est aussi, mais ici on est carrément bleuffé par le public. Il prend part au film à 100%, il réagit de façon très expressive." "Et puis... New York, c’est mythique" , rajoute-t-il, exalté. " Pour un acteur,New York, c’est une consécration ! C’est l’American Dream, même s'il y a une distance à mettre sur ce terme ! New York a une valeur affective et emblématique ! On a tous New York dans la tête, les séries TV, les BD (comics), les documentaires… Et puis son architecture, cette jungle urbaine, est un régal !"

A l'an prochain pour la deuxième édition du Festival !

C'est sur ces paroles encourageantes que nous concluons notre interview... Une chose est sûre : qu'il s'agisse des organisateurs, des artistes, des intervenants, ou du public, tous nourrissent la même envie : revenir l’an prochain pour la deuxième édition de In French with English Subtitles , auquel nous souhaitons longue vie !

A lire également : notre article In French With Eglish Subtitles 2010 .

Les propos de Denis Dercourt, Vincent Perez et Pascal Elbé ont été recueillis par Brigitte Tillet, rédactrice de cet article. Pour VoilaNewYork.com, New York, décembre 2009. Contacter Brigitte : Brigitte@VoilaNewYork.com . Les photos illustrant le texte ont été réalisées par Christophe Poulmarc'k. [http://www.cpoulmarck.com], auquel nous adressons nos vifs remerciements.
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