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De : FESTIVAL IN FRENCH WITH ENGLISH SUBTITLES 2010

Par Brigitte TILLET

Crédits photos : Christophe Poulmarc'k . Tous droits reservés. Toute reproduction ou traduction, totale ou partielle, est strictement et formellement interdite.

Cette année encore, l'équipe de bénévoles cinéphiles a relevé le défi qu'elle s'était lancé de promouvoir la culture française outre-Atlantique tout en faisant acte de solidarité.

Une deuxième édition fantastique !

Souvenez-vous, l'an passé, en 2009... En coulisses, à peine le festival (IFWES) terminé, on parlait déjà de renouveler l'expérience en 2010... Eh bien c'est chose faite. Et bien faite !

Du travail de professionnel orchestré par des bénévoles.

Si les festivals cinématographiques sont légion à New York, il émane de l'IFWES une toute particulière ambiance conviviale et amicale, dotée de cette petite pointe de "French Touch" qui fait la distinction. Bien que légèrement différent de l’édition 2009, puisque cette année non seulement le festival IFWES a juridiquement obtenu son propre statut d’association à but non lucratif, mais aussi qu’il vient en aide à deux fondations caritatives et non une seule -tous les bénéfices nets sont reversés pour 30% à L’Entraide Française (déjà présente l'an passé), et pour 70% à Make a Wish -, dans son esprit, le festival n’a cependant en rien changé : sont restés intacts sa parfaite orchestration, et surtout l'enthousiasme et la générosité des organisatrices (eh oui ! Il n'y a que des femmes !), qui sont toutes des bénévoles... Enthousiasme partagé dès la soirée de gala lors de la projection du dernier film de Alexandre Arcady "Comme les cinq doigts de la main" , suivie d’un "Gourmet Gala Buffet" mitonné par Les Maîtres Cuisiniers de France et hydraté par les Champagnes Moët & Chandon.

Le maître mot : solidarité jusque dans le choix des films présentés.

Que ce soit au sein de relations familiales, professionnelles ou amicales, tous les films présentés, d'un genre différent, ont un thème commun : la solidarité, qui illustre parfaitement l'état d'esprit de ce festival. Le festival proposait "Comme les cinq doigts de la main" , d'Alexandre Arcady, "L'Amour c'est mieux à deux" , comédie romantique de Dominique Farrugia, "Bus Palladium" , drame musical de Christopher Thompson, "Les invités de mon père" , comédie dramatique d'Anne Le Ny, "La Tête en friche" , comédie de Jean Becker, "Protéger et servir" , comédie d'Eric Lavaine, "Big City" , un western pour enfants de Djamel Bensalah, "Imogène" , comédie d'Alexandre Charlot et Franck Magnier, et enfin "Tête de Turc" , de Pascal Elbé qui signe ici son premier film en tant que scénariste et réalisateur.

Comme les cinq doigts de la main (Alexandre Arcady)

De longue date habitué des Etats-Unis, Alexandre Arcady est content d'être à New York dont il adore le rythme et l'énergie qui s'en dégage et déteste "le bruit, le ronronnement permanent, la rumeur incessante" , mais il est avant tout et surtout très heureux de participer au festival IFWES et d'y présenter son dernier long métrage "Comme les cinq doigts de la main" .


Alexandre Arcady (D.R.) Crédit photo Christophe Poulmarc'k.

"Comme les cinq doigts de la main" est sans doute le film le plus intime et personnel d'Arcady.

Solidarité, fratrie, famille, sont les maîtres mots du film.

Dans toutes les familles nombreuses, dit-on, il a un vilain petit canard. Eh bien le canard boiteux, chez les Hayoun, c’est David (Vincent Elbaz), qui refait son apparition au sein de la famille après un très long silence après s'être fourré dans une sale histoire avec des gitans de Marseille. L’histoire nous le rendra sympathique et finalement l’honneur sera sauf. On se fout un peu de l’intrigue, un rien rocambolesque, au dénouement sans surprise. Si le thriller est pourtant réussi -comme la scène de la séquence poursuite, avec des images et une musique d'une intensité à vous couper le souffle-, là n’est pas l'essentiel. Ce film vaut pour bien autre chose que le thriller : pour la fraternité, l'esprit de fratrie. Ce qui prime, oui, ce sont la famille -avec ses joies, ses moments forts, ses drames, ses difficultés,- les relations tantôt simples, tantôt tendues entre les frères Hayoun, la solidarité et l’incommensurable prise de risque de cette famille pour sauver l’un des siens. C'est fort !

Le détonnateur qui donna l'idée à Alexandre Arcady d'écrire ce film est un fait divers survenu à Paris il y a quelques années : deux jeunes se font agresser et lapidés sans motif aucun par une bande de voyous depuis le trottoir d’en face. Au lieu de passer leur chemin et de se sauver, ils font face et affrontent leurs agresseurs pourtant supérieurs en nombre et en corpulence. "Alors je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer dans la tête de ces jeunes gens qui tiennent tête à leurs assaillants ? Qu’en serait-il d’une fratrie dans similaire situation ? Quel serait son comportement ? Fuite ou solidarité ? ... Et solidarité... jusqu'où ?" , s'interroge Alexandre. "C'est ainsi qu'est né le scénario de ce thriller au sein de la famille Hayoun." En plus de son judaisme qu'il revendique, très présent dans son (ses) film(s), Arcady s’est servi de souvenirs de famille, de faits intimes pour écrire son scénario, ce qui confère au récit une belle authenticité. La cicatrice (due à une assiète balancée à toute volée) qu'il a lui-même sur le visage et qu'il a reportée sur celui de Patrick Bruel, les tensions entre le frère aîné et le frère cadet, tout cela est du vécu. "Mais cela reste néanmoins une fiction. Mon père n’était pas un truand et aucun de mes frères n’est un meurtrier !" , précise Alexandre, avant de poursuivre : "Il me fallait préserver cet équilibre fragile entre le thriller et l’intime."

Un casting magnifique !

Les acteurs sont excellents ! Patrick Bruel, frère aîné, chef de famille, celui qui remplace le père lorsque celui-ci n’est plus. Vincent Elbaz, celui par qui le drame arrive. Pascal Elbé, (en pharmacien), drôle, irresistible, qui, avec ses petits airs aussi sérieux que craintifs, apporte comique et humour au récit. Eric Caravaca et Matthieu Delarive, les plus jeunes frères. Michel Aumont en parfait faux-cul. Françoise Fabian dans toute la splendeur qu'on lui connaît. Et Caterina Murino (sublîme et bellissime), la Linda un peu paumée dans cet univers composé principalement de "mâles", épouse d'un mari jaloux et soupçonneux, et discrète brue d'une belle mère autoritaire règnant sur son clan. Une Linda bien forcée de s'adapter aux règles établies et aux traditions familiales juives qui lui sont complètement étrangères. "Et ce à l'écran comme à la ville" , explique Caterina. "Je viens d’un tout autre environnement ; aussi, avec ce rôle, j’ai appris beaucoup sur les traditions juives que je ne connaissais pas. Ce fut pour moi une découverte très enrichissante."

Tout au long du film, on a réellement l'impression qu'il s'agit d'une famille "véritable", que les frères Hayoun de l'écran le sont aussi dans la vie. "J'ai beaucoup travaillé là-dessus" , explique Alexandre Arcady. " Il fallait que les "frères" soient très proches sur le plateau. La dernière scène du film, où les cinq fils Hayoun (Dan, David, Jonathan, Julien et Michael) sont réunis, est en fait la première séquence tournée. Cela a permis à Patrick, Vincent, Pascal, Eric et Matthieu de se mieux connaître et de se rapprocher. A ceci s'est ajouté le fait qu'ils ont effectué ensemble leur voyage retour sur Paris, juste après le tournage de cette séquence là. Du coup, très vite s'est instaurée une complicité qui ne les a pas quittés de toute la période de tournage. Et qui semble perdurer au delà du plateau..."

Un personnage-clef : la Mère

Au coeur du clan, de la famille Hayoun, incarné par la toujours aussi magnifique Françoise Fabian, un personnage : la Mère. Celle qui dirige, celle que l’on respecte. Celle qui est l’âme de la famille, celle par laquelle passent les relations entre les membres familiaux. Elle est celle que l’on cherche à protèger, celle que l’on veut épargner. Mais elle est celle qui devine et qui sent tout. "Françoise Fabian est parfaite dans ce rôle, elle joue à la perfection. Impeccable ! Elle est aussi -et a toujours été- très coquette" , s'exclame Alexandre. "Pour la petite histoire, Françoise rechignait à porter un tablier (jamais très seyant, il faut bien le dire…) Mais dès l’instant où elle a enfilé bon gré mal gré ce fameux tablier, elle a du même coup endossé son personnage ! C'était parti ! Pour vous donner un détail, dans la scène de la préparation du repas, instinctivement, elle s’est mise à s’éventer avec les pans de son tablier, geste tout à fait naturel."

Les regards, bien mieux que des paroles, suffisent...

Naturel... Dès les premières images, sans qu’un seul mot ne soit prononcé, à cause d’un regard, à cause d’un imperceptible je ne sais quoi, on comprend la hiérarchie de la famille. Dans ce film, les regards, bien mieux que des paroles, suffisent à faire comprendre les situations. Cette justesse de ton émanant de simples regards, Arcady l'explique d'abord par la subtilité de l'interprétation des comédiens dont il s'est entouré, mais aussi par la technique cinématographique employée : "Techniquement je filme avec deux caméras. Et je change de focale à chaque prise. Le rendu est phénomenal comparé à la classique multiplication de prises : plan général, plan rapproché, gros plan, etc. C'est une de mes spécificités. Le rendu est magnifique et beaucoup plus naturel." .

Ce que le jour doit à la nuit...

Quant à son avenir cinématographique, Alexandre Arcady confie : "Je suis en train de préparer mon prochain film, qui devrait sortir en avril prochain. Une adaptation du roman de Yasmina Khadra " "Ce que le jour doit à la nuit" ", ayant pour toile de fond l'Algérie, des années 30 à 1962 (date de l'Indépendance)... " Alors... à l'an prochain pour la projection de votre film lors du IFWES 2011, Monsieur Arcady ?

Tête de Turc (Pascal Elbé)

Le festival s'est refermé sur "Tête de Turc" , la première réalisation de Pascal Elbé.

"Etre présent à cette deuxième année du IFWES, c’est génial ! Ce festival, c'est une rencontre, une équipe qui se défonce, un public enthousiaste. Je suis vraiment très heureux d'y participer une nouvelle fois" , s'exclame Pascal Elbé, qui a toujours exprimé un vif enthousiasme pour les Etats-Unis et particulièrement New York, ville qu'il adore. "Je suis d'autant plus heureux que je viens présenter mon nouveau film "Tête de Turc"" , poursuit Pascal. "Ce film, c’est mon bébé. Avec lui, je deviens adulte."


Pascal Elbé (D.R.) Crédit photo Christophe Poulmarc'k.
Délicat sujet que celui de la conscience et de la culpabilité.

Avec Tête de Turc , Pascal Elbé pose son chaleureux regard sur la question du désoeuvrement des jeunes des banlieues, sur la solitude et la solidarité des habitants de ces quartiers, et traite du délicat sujet de la conscience et de la culpabilité.

Une banlieue française. Sur un toit, Bora (Samir Makhlouf), un jeune ado, d'origine turque, avec sa bande. Désoeuvrés... Alors, le jeu, cette fois-là, c'est de balancer un cocktail molotov sur les voitures en stationnement. Oui mais il y a un hic : dans la bagnole, y'avait quelqu'un -et ce quelqu'un, du reste, c'est le toubib du quartier (Pascal Elbé). Affolée, la bande s'enfuit. Sauf Bora, qui a lancé le projectile. Alors Bora hésite, mais au final, décide de sauver sa victime. Devenant du même coup l'agresseur et le sauveur. Et Bora de réaliser qu’il a une conscience... En proie à un effroyable dilemne : se dénoncer ou garder le secret ?, il multiplie les tentatives de dénonciation, maintes fois avortées. Mais en même temps, comment garder son appartenance à la bande ? Tenaillé par la crainte des représailles qui ne tardent pas à se concrétiser, il ne sait que faire... Trahir ? Accomplir son devoir de dénonciation ? Cette naissance de la découverte de la conscience chez ce gamin émeut, bouleverse. La brutalité de la première scène, époustouflante, donne le ton : à la violence de la situation correspond la violence des images, la violence du son, la violence de la facon même de filmer. Mais qu'on ne s'y trompe pas ! La violence ne réside pas seulement des images choc de cette séquence : on la sent latente, omniprésence dans cet univers impitoyable dans lequel évoluent Bora, sa famille, et tous les gens du quartier.

Deux faits divers à l'origine de Tête de Turc.

"Deux faits divers -puisqu'on les appelle ainsi-, datant de 2006 ont inspiré mon scénario : à Marseille, une jeune française africaine Mama Galledou, brûlée vive au troisième degré dans un bus par des jeunes. Un acte prémédité pour lequel personne n’a demandé pardon. Au procès, aucun des auteurs de ce crime n’a eu de remords. Rien ! Absolument rien ! Et aussi, ce terrible acharnement sur Ilan Halimi, un jeune juif d’origine marocaine qui a été kidnappé trois semaines durant, torturé, et massacré par une bande antisémite" , raconte Pascal avant de poursuivre : " Je ne suis pas issu de la banlieue. Mais je suis Français, et en tant que Français, j'estime que cela me concerne et nous concerne tous. Cela fait partie des problèmes de la France."

Un casting de choix !

Le casting est impressionnant. Tous sans exception, les acteurs (amis et proches de Pascal pour la plupart d'entre eux), sont remarquables. A commencer par le protagoniste principal, Samir Makhlouf, dans le rôle de Bora, au jeu si juste, tout en finesse. "Samir, 16 ans, est toujours derrière vous, timide et réservé. Il a le goût du travail, fait preuve de respect, et agit avec infiniment de pudeur" , commente Pascal Elbé, lui-même acteur, en plus d'être le réalisateur du film. Et que dire du petit Léo (le fils de Pascal Elbé dans la vie), trop mignon dans son rôle du petit frère Nuri ! (Petite parenthèse, Pascal raconte : "Je lui avais proposé le rôle, mais il n'avait pas encore dit oui. Le premier jour de tournage, je lui ai montré le film "Happyness", et là, il m'a dit "OK j'ai compris". Il a tout capté. Et il a incarné son personnage avec beaucoup de sérieux et de vérité." ) Sans oublier les autres, comme Roschdy Zem, le policier d'origine arménienne (Atom) chargé de l’enquête sur l'agression dont son frère est victime. Et aussi, incarnations de la femme, de la mère, les merveilleuses Ronit Elkbatez dans le rôle de Sibel et Florence Thomassin dans celui de Mouna.

Grande est la place des femmes dans l'univers de Pascal Elbé.

" J’ai été influencé par le cinéma d’après-guerre, avec des maîtresses femmes comme Irène Papas, Melina Mercouri, et toutes les actrices de cette trempe." , souligne Pascal. "Dans mon film comme dans la réalité, ce sont des femmes fortes. Elles sont seules pour élever leurs enfants, prises entre l’étau du boulot et de la maison. Elles vivent dans la solitude et font preuve au quotidien de volonté et de courage. Ce sont des femmes de trempe. Pour ces mères, pour ces femmes, c’est un combat de tous les instants. Certaines, comme Mouna dans le film, sont depassées par les évènements, sombrent dans l’alcoolisme ou la dépression. D'autres, comme Sibel, la mère de Bora, gardent la tête hors de l’eau. Du reste, dans une des scènes, quand elle est tabassée, elle s’écroule. Mais tout de suite elle se relève ! Elle le fait pour sa progéniture... Je les admire pour leur courage et leur détermination" , conclut Pascal avec émotion.

Qu'on leur donne quelque chose à perdre !

A la maison, on ne se parle pas. Lorsqu'elle rentre du boulot, épuisée par sa journée, Sibel donne sèchement ses ordres à Bora qui la seconde dans les tâches quotidiennes. Bora est responsable de son petit frère Nuri, témoin de tout, mais qui a déjà appris tacitement les lois du silence face aux évènements. Désoeuvré, sans ambition ni avenir, Bora passe une grande partie de son temps à glander avec ses potes. On connaît la suite... "Qu'on leur donne quelque chose à perdre !" , explose Pascal. " Je ne veux pas juger ni apporter de solutions, je n’en ai pas. Je ne porte aucun jugement, je ne formule aucune accusation, ni de discours moralisateur. Mais ce n’est pas une bonne chose que de les traiter en victimes. Il faut simplement essayer de les comprendre. Ils sont seuls. Dans leur quartier, il n’y a pas d’école, pas de pharmacie, rien. Cela en fait une génération sacrifiée. Quelle est la solution ? Je ne sais pas. Toujours est-il que ce problème structurel et social est extrêmement important : il faudrait que tous (police, stravailleurs sociaux, mentors, etc.) travaillent main dans la main. Mais en France, c’est difficile d’entreprendre quelque chose à ce niveau. Personne n’est jamais content, jamais satisfait, tout le monde se plaint toujours de quelque chose… Alors ! "

Ce ne fut pas facile de nous faire accepter...

"Réaliser ce film ne fut pas chose simple" , raconte Pascal. "Il fallut d'abord convaincre les financiers. Une fois ce problème règlé, il fallut ensuite emmener l’équipe dans des endroits particuliers. Tête de Turc fut tourné en situation réelle. Pas en studio." , précise-t-il. "Le tournage a duré quelques semaines. Le plus long fut le repérage qui s'est étendu sur quatre mois. Au début, ce ne fut pas facile de nous faire accepter... Ce n'était pas seulement du repérage, du reste : il y a eu un gros travail de communication, de mise en confiance. Peu a peu s’est installé le dialogue, se sont instaurés les échanges, la confiance. Alors, les jeunes venaient et me parlaient régulièrement de leurs problèmes, de leur mère, seules pour élever leurs enfants. Vous voyez, ce n’est pas seulement une fiction… " , commente Pascal. Et d'ajouter "Quant au titre du film, il ne fut pas facile à trouver, même si à présent, il lui colle à la peau ! Voyez-vous, Arméniens et Turcs sont contents que l’on parle d’eux (même s'il y en a peu qui verront le film, mais ça...)"

Tête de Turc devrait donner matière à réfléchir aux jeunes des banlieues...

Posant la question du désoeuvrement des jeunes des banlieues, posant la question de la responsabilité... Quel sera l'impact de Tête de Turc sur les jeunes ? "Ces problèmes sont des points de départ. On peut espérer que le personnage thème du film laissera des traces notamment au sein des banlieues, qu’il éveillera les consciences. Il devrait donner matière à réfléchir aux jeunes des banlieues. Mais pas seulement..." , laisse planer Pascal, un rien songeur, mais convaincu.

Un film prometteur... On en attend d'autres !

De par ses multiples et indéniables qualités -qualité du scénario, qualité des dialogues, qualité des acteurs, qualité des images, absence de clichés-, Tête de Turc est un film hautement prometteur ! On en attend d'autres ! "C’est en préparation" , confie Pascal. "Mon prochain film sera moins noir. Il s’agit d’une histoire vraie, celle d’un psychopathe totalement manipulateur, voleur de banque. Je suis en train d’en écrire le scénario. Mais cette fois, je ne serai pas acteur. Je préfere -et de loin- le côté derrière la caméra !"

Pascal, que ce soit en tant qu'acteur ou en tant que réalisateur, vous nous charmez... et nous vous attendons l'année prochaine !

Caterina Murino


Caterina Murino (D.R.) Crédit photo Christophe Poulmarc'k.
Originaire de Sardaigne, c’est en France que je me suis construite

Splendide, radieuse et souriante, Caterina Murino nous reçoit. Avec une gaité et un allant qui ne la quitteront pas de tout l'entretien. Malgré sa notoriété et sa prestation dans les films projetés lors du festival, Caterina n'entame pas le dialogue en parlant d’elle-même ou de son actualité cinématographique pourtant bien garnie. Non. Aussitôt elle s'enquiert, dans un français parfait, de la communauté française à New York, du nombre de francophones qui y sont installés, des différentes communautés -et particulièrement celle de Little Italy- qui peuplent la ville, etc. Est-ce à dire que Caterina soit fascinée par New York ou que les USA soient l’objet d'un rêve qu’elle nourrit ?

" Absolument pas. Je ne suis pas fascinée par les USA, ni par Big Apple, ni par aucune autre ville américaine. C’est vrai que je ne connais pas bien New York, car lorsque j'y suis, c'est pour le travail, et je n'ai jamais aucun temps à moi. Je me souviens, pour Casino Royale, j’ai fait pas mal de couv’, à New York et à Los Angeles (ville qui m’a décue, du reste), mais pour moi cela s’arrête là. Ca se limite au boulot. New York n’est pas symbole de LA reconnaissance. Oh ! Bien sûr, c’est super pour l’équipe d’un film de venir à New York, et je sais que beaucoup d'acteurs considèrent New York comme une véritable consécration et qu'ils donneraient cher pour venir y vivre ou faire carrière, mais pour moi, c’est différent... A quoi bon les USA ? Moi, vous savez, je suis d'origine Sarde et c'est en France que je me suis construite. J’ai quitté mon pays à 18 ans. Par choix. Décidée mais déchirée. Je me suis séparée de ma famille et de mes êtres chers, j'ai beaucoup pleuré, et j’ai eu beaucoup de mal à me constuire. Mais j'ai surmonté. Et j'ai pleinement réussi mon intégration en France. Alors de toute façon, vivre cette situation une deuxième fois, non, pas question. Ce n’est même pas imaginable. Vous comprenez, c’est quelque chose que l’on fait une fois dans sa vie. Pas deux."

Je préfère jouer en français plutôt que dans ma langue natale…

" Le fait d'habiter Paris depuis si longtemps a fait que j'ai parachevé mon français et que maintenant je pense en français, je rêve en français, je joue en français. D’ailleurs, une chose étrange m'arrive, c'est que je préfère jouer la comédie en français ou dans une autre langue (j’en parle quatre) plutôt qu’en italien, ma langue natale. Du reste, en 10 ans, je n'ai tourné que deux films en italien, dont "Discordia"" , poursuit Caterina. " Mais je parle quand même une heure par jour en italien... au téléphone avec Maman ! A part cela, tout le reste est en français !" , plaisante-t-elle.

Derrière un jeu subtil et prodigieusement juste se cache un travail énorme…

Les personnages qu’incarnent Caterina Murino à l’écran sont criants de vérité. Malgré leur diversité, ils lui sont comme une deuxième peau. Caterina les interprète de manière si naturelle qu'on a l'impression qu'elle joue "à l’instinct". " Je suis une grande travailleuse. Toujours en remise en questions. Jamais satisfaite. Quand je lis un scénario, je le travaille, je m’en imprègne, je pense à mon jeu, j’interprète d’une certaine manière, comme je le ressens. Je passe beaucoup de temps dans la préparation de l’âme des personnages qui me sont confiés." "Une fois que je me sens prête, je vais vois mon professeur. (Oui, j’ai un coach.) Et à chaque fois, c’est pareil ! Pour n'importe quel rôle, c'est le même schéma : vlan ! Elle fiche tout par terre ! Il faut que je recommence, que je refasse tout le travail déjà fait. Il y a des jours où je suis complètement découragée. J’ai parfois envie de tout envoyer balader et de laisser tomber" , confie Caterina. "Mais au final c’est elle qui a raison. Elle a TOUJOURS raison. Cette femme est extraordinaire. Elle est devenue mon amie, une merveilleuse amie, je ne sais pas ce que je serais sans elle. Je lui dis tout, lui confie tout, elle sait tout de moi, de ma vie... C’est grâce à elle que je me construis…" , conclut-elle avec son beau sourire au bord des lèvres. La bellissime Caterina n’est pas une personne attachante qu’à l’écran… elle l’est aussi à la ville.

Une débordante actualité internationale

Caterina joue le personnage de Linda dans le film d’ouverture "Comme les cinq doigts de la main" d’Alexandre Arcady. Depuis son premier film, il y a 10 ans, cette actrice polyglotte (elle parle couramment quatre langues) multiplie les tournages ciné et le théâtre. Sa carrière débuta en 2002 avec "Nowhere" de Sepulveda, suivi d'un deuxième film tourné en Allemagne (et en allemand). Depuis, cela ne s’est pas arrêté. " Je n’ai pas de plan de carrière. J’ai envie de jouer des rôles qui donnent à raconter, dit Caterina... " Et sa filmographie est là pour en témoigner. Pêle-mêle, on la retrouve dans "XIII" , de Canal Plus ; trois films de la BBC avec Rufus Sewell ; un thriller canadien ; "Le jardin de l’Eden " , de Maria Novaro ; "Dona Flor et ses deux maris" ; "La Proie " , de Eric Valette, avec Albert Dupontel ; " La graine de la discorde" , de Pappi Corsicato, pour ne citer que ceux-là. "Il va y avoir aussi quatre mois de théâtre en Italie, et un monologue de 1h30 sur scène avec un musicien corse…" , ajoute-t-elle, songeuse et souriante devant cet emploi du temps à venir si chargé...

Chère Caterina, vous aurez bien un petit créneau pour revenir nous voir lors du IFWES 2012, n'est-ce pas ? Nous vous y attendons !

A lire également : notre article .

Les propos de Caterina Murino, Alexandre Arcady, et Pascal Elbé ont été recueillis par Brigitte Tillet -rédactrice de cet article- et Cyril Toullier. Pour VoilaNewYork.com, New York, décembre 2010. Contacter Brigitte : Brigitte@VoilaNewYork.com. Les photos illustrant le texte ont été réalisées par Christophe Poulmarc'k [http://www.cpoulmarck.com], photographe officiel du festival, auquel nous adressons nos vifs remerciements.
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